L'épopée de François Leguat Pages persos

La thèse d'Alfred North-Coombes : The Vindication of François Leguat  

The Vindication of François Leguat

Pendant longtemps, les critiques ont douté de la véracité du récit de François Leguat et, jusqu'à une date récente, ils l'ont rangé dans la catégorie des voyages fabuleux.

En 1922, Geoffroy Atkinson accréditait encore cette opinion dans son ouvrage The extraordinary voyage in french literature from 1700 to 1720 , et c'est en 1979 seulement qu'Alfred North-Coombes [1] put établir formellement la vérité en publiant The Vindication of François Leguat (Éd. de l'océan Indien, Port Louis, 1991).

L'étude d'Alfred North-Coombes a mis un terme définitif à la controverse en établissant au prix d'une enquête minutieuse l'authenticité de ce qui était jusqu'alors tenu pour un « roman utopique » par la critique universitaire.

Jean Michel Racault, professeur à l'université de La Réunion, dans son introduction aux Aventures aux Mascareignes : Voyage et aventures de François Leguat et de ses compagnons en deux îles désertes des Indes Orientales , (éd. La Découverte, Paris, 1984), considère que l'étude d'Alfred North-Coombes est la plus récente et la meilleure des monographies consacrées au récit de François Leguat.
Source : http://jacbayle.club.fr/livres/Indien/NorthC.html .




Article paru dans le journal mauricien l'Express du 17 décembre 2004  

Rétrospective : interview d'Alfred North-Coombes

Gaëtan Benoît, frère de Norbert, bibliothécaire de la municipalité de Port-Louis, trouve Alfred North-Coombes trop modeste. L’évidence même. Ce Mauricien exceptionnel est pourtant l’auteur de plusieurs livres faisant référence, dont une histoire de Rodrigues, heureusement rééditée par les soins de ses enfants, Monica Maurel comprise. Cet agronome naît le 30 mai 1907 à Britannia. Il passe son enfance sur plusieurs établissements sucriers, dont Beau-Vallon, Tamarin, Le Val, Réunion. En dépit d’une scolarité aléatoire, pour dire le moins, il sera lauréat du collège d’Agriculture, cet ancêtre de l’université de Maurice. Admis à l’université de Reading, il obtient sans peine son diplôme d’agronome. Son île natale, comme le reste du monde, subit les contrecoups du krach du 24 octobre 1929. La tonne de sucre se vend alors à Rs 129 (soit à treize sous le kilo). A son retour à Maurice, il se retrouve au chômage car personne n’embauche, pas même la fonction publique pourtant en quête de diplômés et de scientifiques. Le gouvernement déduit même une taxe de 5 à 10% des salaires des fonctionnaires. On finit par lui offrir un poste de professeur au collège d’Agriculture à Rs 95 par mois. De là, il passe à la station de recherches agricoles voisine, au Réduit, avant d’être employé comme agronome à l’Agriculture.

Sa carrière d’historien commence à cette époque. Il recueille des documents concernant l’histoire de l’industrie sucrière. Il en sort un livre, publié, en 1937, à 900 exemplaires. Il reçoit les félicitations d’un spécialiste de l’histoire du sucre à travers le monde, Noël Deerr : « Votre livre aurait-il été publié deux ans plut tôt, qu’il m’aurait épargné bien des recherches fastidieuses. » Il attrape alors le virus de Rodrigues. Il est au service de l’industrie du tabac quand on l’envoie en mission de prospection à Rodrigues. L’île l’ensorcelle. Il soumet un rapport dépassant largement ses termes de référence. Du tabac, il passe au thé et recommande, à bon escient, un quota sur les importations théières. La guerre de 1939-45 remet tout en question. Il est mobilisé et envoyé à Rodrigues. Il y reste neuf mois de plus que prévu car le seul transporteur de troupes disponibles, le Zambezia, n’est plus réparable, faute de feuilles d’acier disponible. L’envie lui prend alors d’écrire l’histoire de Rodrigues. Il se met à lire les documents officiels disponibles ainsi que la correspondance entre cette île et Maurice.

De retour à Maurice, il doit préparer, avec Octave Wiehe, l’historique de la production vivrière à Maurice pendant la guerre. Ils mettent aussi l’accent sur les failles et les causes d’échec de cette entreprise, ce qui déplaît à certains. Le gouvernement veut expurger le rapport de certaines parties compromettantes. Les auteurs refusent de signer cette version ad delphinis. Le rapport paraît sous le couvert de l’anonymat.

Sa documentation sur l’histoire des cultures agricoles augmente sans cesse et s’étend désormais aux fibres et à la pomme de terre. Il se sent d’attaque pour un travail plus ambitieux : une histoire agricole de Maurice. Des obstacles politiques ne tardent pas à contrecarrer la réalisation de son projet. Les gouverneurs successifs préfèrent sacquer les techniciens compétents plutôt que de résister comme il convient aux pressions politiques et éviter au pays des échecs aussi retentissants que celui d’une tentative de production d’huile de tournesol. Il se console comme il peut avec la rédaction de La Revue Agricole, la réorganisation du collège d’Agriculture. Sa femme et lui décident, en 1963, de suivre leurs fils, émigrés en Australie. Il se consacre alors à son histoire de Rodrigues qui est enfin prête pour la publication en 1971. En 1973, se précise son intérêt pour François Leguat. De passage à Johannesburg, il y découvre l’ouvrage de Percy Guy Adams, professeur d’anglais à l’université de Californie, intitulé Travellers and Liars. Reprenant la thèse de Geoffroy Atkinson, Adams range Leguat parmi les « fieffés menteurs » de l’histoire. L’université Mouash d’Australie accepte sa candidature à un PhD sur la foi de son projet de réhabiliter la mémoire de Leguat. Ce sera chose faite avec la publication de sa thèse The Vindication of François Leguat. De ce dernier aux précisions à apporter aux dates de découverte des différentes îles des Mascareignes, il n’y a qu’un pas qu’Alfred North-Coombes franchit en 1979.

Laissons le rêver après Auguste Toussaint à l’aménagement d’un centre de documentation Mauritiana, regroupant tous les documents disponbiles, confié à un personnel qualifié et permanent, ouvert sept jours sur sept jusqu’à 21 heures et travaillant en liaison avec les autres îles indocéaniques.


Yvan MARTIAL




Article paru dans PROSI Magazine, n° 358, novembre 1998  

Obituaire : Dr G. Alfred North-Coombes, OBE

Parcours peu ordinaire; c’est bien la définition la plus exacte qu’on puisse donner de la vie d’Alfred North-Coombes qui vient de nous quitter à l’âge de 91 ans, après une existence plus que bien remplie. Mais en ajoutant que cette étrangeté était enrichie par la valeur de ce qui est rare au point de constituer un modèle dont on peut s’inspirer, tant elle frappe par sa diversité. En effet, né dans le giron sucrier auquel appartenait son père, il était naturel, comme si souvent le cas à l’époque, que la carrière du jeune Alfred s’orientât vers l’agriculture et c’est ce qui arriva: le Collège d’Agriculture donc, dont les portes venaient de s’ouvrir, lauréat en 1928, et le voilà étudiant à Reading où il obtient un BSc en Agriculture.

Ensuite, c’est le retour à Maurice et les échelons gravis au Département de l’Agriculture jusqu’au poste de Directeur, et une retraite prématurée en 1961 pour diriger le Collège d’Agriculture pendant deux ans. Trois décennies donc au service de l’agriculture mauricienne, agrémentées si l’on peut dire par des missions à Rodrigues, du service au grade de capitaine dans la Territoriale pendant la guerre, des publications dont Evolution of Sugar Cane Cultivations in Mauritius et Fibre Industry of Mauritius, et des cours au Collège d’Agriculture où beaucoup d’entre nous eûmes le privilège de bénéficier de ses dons d’enseignant et de la clarté de ses exposés, et d’apprécier son sens de l’humour.

Carrière professionnelle, scientifique et administrative donc très fructueuse mais, en même temps, encouragé par ses visites à Rodrigues, un intérêt grandissant pour l’histoire des Mascareignes sans que cela nuise, en aucune façon, à ses activités liées au présent telles que celle de rédacteur de la Revue Agricole et Sucrière de l’île Maurice de 1948 à 1962.

Cet intérêt grandit encore lorsque, retraité définitif en 1963, Alfred North-Coombes émigra vers l’Australie où recherches et études aboutirent en 1971 à la publication de The Island of Rodrigues et, en 1976, à un doctorat en histoire de la Monash University de Melbourne. On retiendra de cette oeuvre, poursuivie officiellement jusqu’en 1986 mais encore par la suite depuis son retour à Maurice et presque jusqu’à ses derniers jours, The Vindication of François Leguat, La Découverte des Mascareignes et L’Histoire des Tortues de Terre de Rodrigues et le Mouvement Maritime vers Rodrigues de 1601 à 1801.

Ces réalisations académiques ou professionnelles, récompensées par des distinctions de professeur honoraire en agriculture de l’université de Maurice et de membre honoraire de la Société Royale des Arts et des Sciences et de la Société de l’Histoire de l’île Maurice, passeront à la postérité. Pour nous qui avons connu Alfred, il restera, en plus, le souvenir de l’homme affable et courtois dont la conversation apportait toujours quelque chose et que sa grande culture n’empêchait pas de rester ouvert à tous.

Parcours peu ordinaire disais-je !

René Noël




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